Articles

Affichage des articles associés au libellé avis de lecteur

François-Henri DESERABLE "Evariste"

"Évariste" de François-Henri Désérable se présente comme la biographie romancée d'un jeune mathématicien, Évariste Galois, mort à 20 ans dans les années 1830, en laissant une oeuvre qui allait révolutionner sa discipline. Nombre de lecteurs pourraient se sentir découragés par une telle présentation, parce qu'ils n'ont aucun goût particulier pour les mathématiques ou qu'ils ne sont pas spécialement adeptes du genre biographique. Ils auraient tort... Voici cinq bonnes raisons de lire "Évariste". 1. Évariste Galois qu'on compare volontiers à Rimbaud est une personnalité hors du commun. Sa destinée flamboyante et foudroyante en fait un magnifique personnage de roman. 2. La toile de fond historique du roman est passionnante et permet de saisir le climat des années 1820-1840 à Paris bien plus aisément que par la lecture de gros ouvrages érudits sur la période. 3. L'inventivité de l'auteur n'a pas de limites. La biographie officielle d’...

Kamel DAOUD "Meursault, contre-enquête"

Image
Ecrire un roman dans le miroir d'un autre, voilà un sacré défi. Mais lorsque le roman choisi comme tremplin est l'un des monuments de la littérature française du siècle passé, « L'Etranger » d'Albert Camus, on a envie de crier casse-cou à l'auteur. Et pourtant le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud réussit parfaitement ce tour de force. Le livre à peine refermé on se demande en effet comment on a pu lire (et relire) L'Etranger sans jamais avoir voulu connaître la vie de ce personnage sans nom dans le roman de Camus,« l'Arabe » assassiné par Meursault. Grâce à Daoud, « l'Arabe » portera désormais un nom, Moussa, et l'on entrera dans sa destinée et celle de sa famille : Haroun, son frère, le narrateur du roman et leur mère M'ma. Et l'on va découvrir l'autre côté d'une histoire que l'on croyait bien connaître, avec tout le poids des traditions, de la place des colons, des contradictions de la décolonisation et du bes...

Léonardo PADURA "Hérétiques"

Image
Grâce à cette toute récente acquisition de la bibliothèque, je viens de découvrir l'auteur Leonardo Padura et son héros récurrent, Mario Conde, un ex policier un peu désabusé mais toujours profondément humaniste. Je ne regrette pas du tout d'avoir pris le temps de lire ce roman de 600 pages, par ailleurs très dense. L'auteur nous fait enjamber les époques de la fin des années 30 au régime actuel hérité de Fidel Castro dans un Cuba, certes misérable mais toujours joyeux et lumineux. On y découvre la vie d'une communauté juive qui a occupé une place importante dans la première moitié du XXe siècle. L'auteur donne également à voir sur des aspects pas forcément très connus de la société cubaine actuelle : les modes et courants qui traversent sa jeunesse, les relations avec les Cubains exilés aux Etats-Unis. Et puis, il y a cette incroyable intrigue à la fois historique et policière autour d'un portrait peint par Rembrandt ayant échoué à Cuba qui permet à Leonard...

Adrien BOSC " Constellation"

Image
Le Constellation d'Air France assurant la liaison Paris New York s'écrase une nuit d'octobre 1949 sur l'une des îles de l'archipel des Açores. Des 37 passagers et 11 membres d'équipage, il n'y aura aucun survivant. La mémoire collective a surtout entretenu le souvenir de deux illustres victimes : le boxeur Marcel Cerdan en route pour les Etats-Unis pour tenter de récupérer sa ceinture de champion du monde et la violoniste virtuose Ginette Neveu qui devait se produire dans une tournée de concerts. Tout en accordant la place qui leur revient aux deux célèbres passagers, l'auteur s'attache surtout à exhumer les histoires anonymes des autres voyageurs, mais aussi de quelques personnes qui n'ayant pu prendre le vol au dernier moment ont échappé à un tragique destin. Il en résulte une belle galerie de portraits dans laquelle certains critiques ont cru voir l'esquisse d'une véritable constellation de visages humains brillant dans le ciel déf...

Patrick MODIANO "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier"

Image
Patrick MODIANO "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier" Comme souvent avec Modiano, c'est un livre bien difficile à raconter. L'auteur embarque le lecteur dans le mouvement houleux de sa mémoire.  On le sait hanté par les échos lointains d'une enfance puis d'une adolescence particulièrement compliquées que la fiction permet de sublimer. Des patronymes quasiment oubliés, des numéros de téléphone périmés et des noms de lieux : il suffit de ces « presque rien » pour que le narrateur, l'écrivain Jean Daragne nous engage dans le labyrinthe des choses révolues et des souvenirs.  Nous voici donc entraînés dans le Paris des années 1950 et 1960, mais aussi à Saint-Leu-la-Forêt, sur les traces presque effacées d'une femme nommée Annie Astrand, qui fut naguère pour lui une mère de substitution. Une très belle écriture, classique, fluide et élégante. Un roman bref et intense que tous les amateurs de Modiano vont déguster avec délectation.

Paola PIGANI "N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures"

Paola Pigani : "N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures" L'histoire : Au printemps 1940 le gouvernement de la 3ème République interdit la circulation des nomades sur tout le territoire national. Dès septembre, une soixantaine de tziganes , évacués de Lorraine, sont regroupés et internés par familles entières au camp des Alliers près d'Angoulême. Le mois suivant, la Kommandantur d'Angoulême exige du Préfet de Vichy qu'il rassemble dans ce même camp tous les tziganes de Charente ainsi que ceux de Charente-Maritime, sous l'encadrement et la surveillance de la police française. A travers le regard d'Alba, 14 ans lorsqu'elle entre dans le camp, Paola Pigani évoque l’arrachement à la vie nomade puis l’extrême dénuement, la faim et la mort qui ont marqué six longues années d'internement (en effet, la nouvelle administration du gouvernement de la Libération maintiendra l'existence et le fonctionnement de ce ca...

Lydie SALVAYRE "Pas pleurer" - Prix Goncourt 2014

"Pas pleurer" de Lydie Salvayre , éditions du Seuil, 279 pages, PRIX GONCOURT 2014 La narratrice de "Pas pleurer" nous fait entendre deux voies entrelacées qui nous parlent d'une même réalité historique, l'Espagne des années 1936-1939, en proie à la guerre civile. Il y a d'une part la voix d'un grand témoin : l'écrivain français Georges Bernanos, installé depuis deux ans à Majorque. Monarchiste catholique et ancien militant de l'Action Française, tout porte Bernanos à sympathiser avec les "nationaux" du Général Franco. Et pourtant, c'est l'inverse qui se produit : révulsé par les massacres systématiques opérés contre les partisans de la République par les insurgés franquistes, révolté par l'absolution immédiate de ces crimes prononcée par l'Eglise espagnole, l'auteur des "Grands cimetières sous la lune" se range progressivement dans le camp de la République espagnole. Il y a d'autre part la voix...

Laure PROTAT "L'indifférent"

Image
Quel joli livre ! Le père de Laure PROTAT s'est tiré une balle dans le tête quand elle avait 14 ans. Il n'a rien laissé, aucune explication à son geste. A partir d' écrits de son père qu'elle retrouve dans un placard et qui n'ont jamais été publiés, elle essaie de comprendre ce qui a fait que son père a décidé un jour de l'abandonner. Comme elle, nous ne comprendrons pas tout.   Mais petit à petit, elle va approcher de plus près la personnalité de son papa à qui elle ressemble tant. Ce n'est pas mièvre, c'est très bien écrit. On peut juste se demander si après cela,  Laure PROTAT pourra passer à un autre roman qui sera forcément moins autobiographique. En tous  cas, elle montre beaucoup d'aisance dans l'écriture et réussit à ne jamais nous ennuyer.

Christian WACRENIER "Les chats de Louise Michel"

Image
Christophe, professeur à la retraite vit à Montmartre dans un quartier où les chats sont rois. Lui et ses voisins (voisines surtout!) se réunissent régulièrement en buvant du porto et en mangeant du tiramisu. Quelques événements dramatiques vont se dérouler dans ce petit quartier. De là une description de personnages pittoresques, pour certains hauts en couleur,  tous issus d'un quartier de Paris bien intéressant. Livre très sympathique, bien écrit, on ne s'ennuie pas et il est très original ! On s'attache à l'histoire et les personnages et leurs aventures quotidiennes nous font passer un très bon moment !

Ingrid BETANCOURT "La ligne bleue"

Image
Julia s'engage dans les années 70 dans la lutte contre la dictature argentine. Au début du roman, on a l'impression de savoir comment il va se terminer. En fait pas du tout. L'histoire se construit tout au long du livre. L'histoire de l'Argentine est complexe (j'ai eu besoin de faire des petites recherches.) Mais on reste accroché par ces événements et cette histoire. Les personnages sont très intéressants avec 2 belles figures féminines, Julia et sa grand-mère Mama Mina. Un roman bien écrit qui nous tient en haleine jusqu'au bout. Un petit bémol cependant : le côté fantastique n'est peut-être pas très utile.

Jean-Paul DIDIERLAURENT "Le liseur du 6h27"

Image
Tous les matins, Guylain Vignolles (attention à la contrepèterie!) prend le train de 6 h27 pour se rendre à son usine de pilonnage de livres. Il rentre tous les jours dans sa machine pour en extraire des feuilles prises au hasard qu'il lira aux gens qui prennent le même train que lui. Un jour il tombe sur le journal d'une « dame pipi » qu'il n'aura de cesse de retrouver.  C'est un joli premier roman ; on n'en gardera peut-être pas longtemps un grand souvenir mais il se lit avec plaisir et on passe un agréable moment!!!! "Le liseur du 6h27" de Jean-Paul Didierlaurent, éditions Au Diable Vauvert, 2014 Disponible dans notre bibliothèque